Les vétérinaires sont vegans ?

Date de publication : 02.03.2022

Les vétérinaires sont tous vegans. Voilà une croyance que j’ai toujours eue avant d’entrer à l’école vétérinaire. Si si, je vous jure !

Je me disais que s’il y avait bien un métier dans lequel on se soucie du bien-être animal, c’est bien celui-là. Et que donc, forcément, il y aurait beaucoup de vétérinaires qui refuseraient de tuer Marguerite, la vache du pré d’à-côté, pour manger un morceau de steak bien saignant entre midi et deux.

Je pensais qu’en rentrant à l’école vétérinaire, je devrais dire stop aux lardons dans mes pâtes carbonara, pour ne pas offusquer les autres. Parce que moi, j’en mange, de la viande !

Je repense à ces pensées que j’avais alors et ça me fait rire. Lors de mon premier repas à la cantine du CROUS, j’ai réalisé à quel point je me trompais en voyant tout le monde manger joyeusement son assiette de couscous avec une bonne merguez !

Manger de la viande est-il donc compatible avec un métier centré sur la santé et le bien-être animal ?

Fallait croire que oui. Je me suis alors longtemps posé la question du pourquoi et du comment.

Je connais quelques vétos, qui ont en effet arrêté depuis longtemps de manger de la viande, du poisson, du lait, des œufs, refusant d’exploiter ces animaux qui nous sont si chers. Les animaux, je les aime, je ne veux pas les manger !

Et là, je me rappelle d’une étude qui avait été publiée un jour et que j’avais vu passer sur les réseaux sociaux : « pourquoi a-t-on envie de croquer les bébés » ?

Parfois, on aime tellement quelque chose qu’on voudrait bien le manger ! Ça a été scientifiquement prouvé. C’est physiologique. Le système de récompense s’active dans notre petit cerveau et hop, on a envie de manger son enfant ! C’est fou, non ?

Est-ce que c’est la même chose avec la viande ? Est-ce qu’on aime tellement les vaches, cochons, poulets que l’on finit par les manger ? Les vétérinaires mangeraient donc plus de viande que les autres ?

Je ris, j’ai des théories sacrément farfelues !

En tout cas, si jamais c’est votre cas, n’hésitez pas à m’en parler, je suis méga curieuse ! Je suis sûre que ça peut faire un sujet de thèse, si ça n’a pas déjà été fait !

Bref, redevenons sérieux.

La viande, j’en ai toujours mangé depuis toute petite. C’est inscrit dans mes mœurs. 

Même si je faisais des boulettes de steak haché dans mes joues et que j’allais les jeter dans la poubelle de la salle de bain dès la fin du repas tellement je n’aimais pas ça, je me battais toujours avec mon frère pour savoir qui aurait le plus gros morceau de cordon bleu !

Et puis, en grandissant, je me suis posée la question. J’arrête la viande ou je n’arrête pas ?

Je me la suis posée encore plus quand j’ai fait mes stages en abattoir.

Je me souviendrai toujours de ce jour où j’ai assisté à la mise à mort de vaches en abattage Halal. 

La pauvre bête avait été retournée, tête à l’envers. Je l’avais sentie complètement perdue. Pourquoi on la faisait basculer comme ça ? 

Et alors, d’un coup, on l’a égorgée. L’entaille, si profonde, ne laissait sa tête reliée au reste du corps plus que par les vertèbres et muscles cervicaux.

J’ai vu la vache s’affoler, ses yeux tourner dans leur orbite. Son meuglement de douleur et de panique qui ne ressemblait plus qu’à un semblant de gargouillis : ses poumons n’était plus reliés à son pharynx, la trachée avait été tranchée nette. 

Et le sang, partout, s’écoulait au rythme de son cœur qui commençait déjà à s’épuiser.

J’ai attendu, si longtemps, que la demoiselle finisse par s’évanouir. Ça m’avait paru une éternité. Je n’avais pas pu détacher les yeux de la scène. A la fois horrifiée et hypnotisée.

En sortant de l’abattoir ce jour-là, je m’étais dit : la viande, plus jamais.

Aujourd’hui encore, ce souvenir me redonne la nausée. 

Et pourtant, j’ai remis des lardons dans mes carbonara.

Parce que j’adore les pâtes carbo !

Parce que je sais que de nombreux vétérinaires œuvrent chaque jour dans les abattoirs pour améliorer le bien-être animal et gérer au mieux la fin de vie de tous ces animaux qui méritent chacun le plus grand soin.

Parce que j’ai vu les éleveur.ses aimer leurs vaches, veaux et autres bestiaux de tout leur cœur. Connaitre les prénoms de chacune de leurs bêtes. Les voir partir à l’abattoir, les larmes aux yeux, même si ça fait partie du métier. J’ai vu ces éleveur.ses désespéré.es, déprimé.es et même penser au suicide, parce que malgré leurs 365 jours de boulot dans l’année, iels n’arrivent pas à se verser un salaire correct pour joindre les deux bouts.

Parce qu’à côté de ça, je côtoie chaque jour dans mon travail, des boucher.es et charcutier.es, toutes et tous plus passionné.es les uns que les autres. Loin de moi l’idée de leur retirer leur métier (je vous parle d’ailleurs du mien très bientôt).

J’ai compris qu’alors, les vétérinaires mangeaient de la viande. Parce qu’iels aiment ça. Parce que cela fait partie de leurs habitudes. Peut-être aussi parce qu’iels aiment si fort les animaux qu’iels veulent les croquer.

Et je pense, aussi, surtout parce que les vétérinaires aiment les Hommes. Ils aiment les éleveur.ses avec qui iels travaillent. Manger de la viande, boire du lait, c’est d’une certaine façon les soutenir.

Alors, petit à petit, j’ai décidé de continuer à manger de la viande, mais mieux. J’en mangerai moins souvent, mais de meilleure qualité. J’irai, dès que je peux, acheter mes yaourts dans l’élevage d’à-côté que je connais bien. Je commanderai le bœuf chez un autre. J’irai au marché local autant que possible.

Je dois vous avouer que, pas plus tard que cette semaine, je salivais devant la cuisse de canard confite qu’on m’apportait au restaurant. Et quelques secondes après, j’ai imaginé ce canard barboter dans l’eau et ça m’a attristée. 

Alors, dans ma tête, je lui ai dit merci. Merci de m’offrir ce repas. Ça m’a apaisée.

Suis-je folle ? 

Non, je dirais que je remets les vraies valeurs sur certaines choses simples, qui ont droit à toute leur place. Manger de la viande, ce n’est pas quelque chose d’anodin, finalement.

C’est un choix que je fais, à chaque fois.

Qu’en pensez-vous ?

La bise, mi-vegan, mi-viandarde,

Meuh.

PS : je m’appelle Meuh mais, s’il vous plait, ne me mangez pas, j’ai encore plein d’idées de textes à venir !