Véto pour toute la vie ?

« Vétérinaire, toute ton enfance,
Tu en rêveras.
Vétérinaire, pour sûr, tu seras.
Vétérinaire, resteras-tu ?
Seul l’avenir le sait.
Un jour, tu sauras. »
Voilà ce que Maitre Yoda m’aurait dit s’il s’était un jour penché sur mon berceau. Il ne l’a pas fait, puisqu’il n’existe pas. C’est trop triste !
Cette dernière phrase m’aurait bien aidée, pourtant.
Depuis aussi longtemps que je m’en souvienne, j’ai toujours voulu faire de vétérinaire mon métier.
Je l’ai fait. Après de longues études, comme vous toutes et tous.
Et puis au bout d’un an, l’heure du bilan.
Alors, voilà ton rêve enfin réalisé, qu’est-ce que tu en penses ? Ta vie est-elle aussi merveilleuse que tout ce que tu avais toujours imaginé ?
Malheureusement, la réponse n’a pas été si belle que prévue. Un an et déjà épuisée par les clients, par les gardes, par les euthanasies, par les morsures. En un an à peine, j’ai perdu la flamme.
Ah là là ! J’espère tellement que mon cas soit celui d’une petite mini rikiki minorité ! Ce métier, il est tellement, beau, intense, puissant, merveilleux, que je croise tout ce que je peux pour voir chaque jour des vétérinaires épanoui.es dans leur pratique.
N’empêche que moi, ça n’a vite plus été le cas.
Je me suis dit qu’il était temps. D’arrêter, de changer. Avant de finir dégoutée de mon rêve à tout jamais. Quitte à revenir plus tard, si j’en ai envie.
Alors, je fais aujourd’hui ce texte pour celles et ceux qui pensent à se reconvertir et n’osent pas faire le premier pas.
Je suis, j’ai été et je resterai vétérinaire. Pour autant, je n’exerce plus. Est-ce que c’est définitif ?
Aucune idée (même si mon petit doigt me dit que oui) !
J’ai vite remis le pied à l’étrier, cependant ! Si je voulais continuer à mettre de quoi manger dans mon assiette, j’allais quand même avoir besoin de travailler. Après quelques mois de pause pour me remettre de mes émotions, je me suis mise à postuler à tout et n’importe quoi sur pôle emploi.
Comme beaucoup, c’était véto ou rien, alors je peux vous dire que je n’ai jamais eu de plan B…
J’ai postulé dans des restos, dans des laboratoires d’analyse médicale. J’ai même postulé pour un poste dans le maraichage et à un autre pour préparer des commandes de drive. Sait-t-on jamais, en attendant !
Et puis un jour, à peine deux semaines après mes premiers envois de lettre de motivation et CV à droite à gauche, je suis tombée sur une autre annonce : « technicien préleveur en laboratoire agro-alim-véto ».
Je me suis dit que c’était pour moi. J’ai foncé, j’ai postulé. On m’a dit lors d’un premier entretien que je n’avais sans doute rien compris au poste et que j’étais bien trop qualifiée pour faire le job. On m’a dit lors du deuxième qu’ils avaient réfléchi et qu’ils m’embauchaient. Ils veulent saisir l’opportunité pour valoriser ma formation de véto. Ils aimeraient me faire vite progresser dans l’entreprise, si je le souhaite.
Voilà que c’était lancé ! Deux semaines plus tard, on m’a confié une voiture et une blouse blanche et c’était parti.
Depuis, chaque jour, je prends la route pour aller faire des prélèvements de surfaces, de mains et d’aliments en grande distribution. Je les ramène au laboratoire et ils sont ensuite analysés pour vérifier que tout est sanitairement conforme et consommable par le client. Je fais aussi des audits conseil depuis quelques jours. Encore un peu plus tard, je serai formatrice hygiène pour le personnel des magasins. J’interviendrai avant les services vétérinaires venant en inspection, pour les conseiller
et les former au mieux. Voilà que je bosse aussi avec une autre vétérinaire dans l’entreprise sur d’autres projets ! Trop fou !
Et miracle, tout ça me plait ! Je savoure pleinement le fait de chaque jour partir à l’aventure, découvrir de nouvelles villes et ce, tout en faisant mon travail. Ça me change.
Est-ce que ça me passionne ? Non. Ça m’intéresse et je me sens utile et c’est déjà beaucoup (je ne vous cache pas que ce qui me passionne le plus, c’est de passer du temps à vous écrire) !
Ferais-je ça toute ma vie ? Je n’en sais rien.
Seul Yoda saurait me dire ce qu’il en adviendra.
Cependant, aujourd’hui, je sais.
Je n’exercerai pas en tant que vétérinaire praticienne toute ma vie. Et si j’ai déjà changé une fois, je sais que je pourrais rechanger de métier si besoin !
En attendant, je remercie mille fois mon parcours, parce qu’il me permet aujourd’hui de vous écrire et de partager sur ce monde véto que j’affectionne tout de même toujours autant.
Je disais dans mon texte de présentation que j’étais sûre que vous étiez bien plus que véto. Voilà une partie de l’origine de ma pensée : notre parcours nous offre des milliers de compétences. Qui nous servent en tant que Docteur.e. Qui peuvent ou pourront nous servir aussi pour faire tout plein
d’autres métiers, pour celles et ceux qui le souhaitent.
Attention, je ne vous dis pas de toutes et tous changer de job ! Loin de moi cette idée ! Si cependant ça peut changer la vision des choses de celleux qui se sentent bloqué.es dans un métier qui ne leur convient plus, alors, j’aurais gagné !
Osez rêver d’une vie professionnelle épanouie ! Tout est possible !
A celles et ceux qui doutent, promis, vous êtes capables.
La bise, pleine de certitudes,
Meuh