Mon internat, 10 ans déjà !

Aujourd’hui, j’ai envie de vous présenter une amie qui a fait un internat après son cursus en Ecole Vétérinaire. Avec son regard de vétérinaire avec 10 ans d’expérience, qu’a-t-elle retenu de cet internat ? Quelles ont été ses joies et ses regrets ? Quels conseils a-t-elle à donner aux étudiants qui souhaiteraient faire un internat ?
Bonjour ! Peux-tu te présenter ?
Je m’appelle Marie, je suis cavalière depuis toute petite et j’ai toujours souhaité faire un métier en rapport avec le cheval. Au lycée, j’ai hésité entre m’orienter vers médecine ou véto et c’est l’idée de travailler avec les chevaux qui m’a finalement guidée vers les études vétérinaires.
Pourquoi as-tu choisi de faire un internat?
Lorsque j’étais en École Vétérinaire, je savais déjà que j’allais faire un internat. A l’époque en tous cas, si on souhaitait un poste en équine pure, il fallait au moins avoir fait un internat. Arrivée en fin de cursus, j’ai choisi un internat public, qui offre la possibilité de faire un résidanat par la suite (ce que je souhaitais faire). J’ai choisi de postuler à Lyon, car on y
pratique beaucoup de médecine et c’est ce qui me plaît.
A ton avis, quels étaient les avantages de faire un internat à Lyon plutôt qu’ailleurs?
Ce que j’ai apprécié là-bas, c’est le côté assez scolaire dont j’avais besoin : la
démarche scientifique, les rondes rigoureuses, la tenue d’un Journal Club, l’étude de cas cliniques. J’avais l’impression qu’à Nantes, inversement, le pôle équin était davantage géré comme une clinique privée, ce qui correspondait moins à ce que je souhaitais.
Qu’est-ce que l’internat t’a apporté dans ta pratique vétérinaire ?
Je pense que le fait d’avoir fait un internat m’a apporté un niveau de technicité supérieur à d’autres praticiens, une façon de gérer les cas de façon systématisée et aussi des réflexes lorsqu’il s’agit de diagnostics plus rares.
Avec le recul, je pense que c’était une année difficile, pendant laquelle on a
énormément appris. J’ai certainement accepté certaines choses que je n’aurais pas dû, car c’était la norme : travailler beaucoup avec un faible salaire, aujourd’hui ça me paraît excessif. A l’époque j’étais sous tension, j’avais des coups de blues mais je savais qu’il fallait y passer, je savais qu’il fallait “en chier”.
Mais à Lyon, l’ambiance était plutôt bonne, les gens étaient respectueux et pour moi, le bénéfice intellectuel dépassait les côtés négatifs.
A la sortie de mon internat, comme prévu, j’ai postulé pour un résidanat, mais il me manquait un peu de maturité et on m’a conseillé de postuler de nouveau quelques années plus tard…
A partir de ce moment, je n’ai pas eu la force de candidater de nouveau. Et je réalise maintenant que ça m’a certainement permis de préserver ma vie de couple, qui fonctionnait très bien.
Quel a été ton parcours à la suite de l’internat ?
Après mon internat, je suis partie faire cinq mois d’humanitaire au Maroc, ça me trottait dans la tête depuis un moment. Puis j’ai fait quelques remplacements, chez une copine et en anesthésie à ONIRIS. Et enfin j’ai trouvé un poste en équine pure dans une grosse clinique, le poste rêvé pour moi !
En réalité, je me suis retrouvée dans la peau de la jeune véto urgentiste, sur une clientèle très étendue et sans suivi des cas. Dans ce contexte, je n’étais jamais vraiment face à moi-même et comme je n’ai pas confiance en moi, ça ne m’a pas aidée à progresser et à prendre confiance. En plus de ça, les heures et les heures de voiture ont commencé à me peser…
Premier burn out.
Il fallait que je trouve autre chose.
Je me suis souvenu d’une copine qui m’a parlé d’ostéopathie. Je m’étais toujours dit qu’elle était folle, moi qui suis très cartésienne. Mais face à ma pratique d’urgentiste, sans travail en amont ni en aval, j’avais besoin d’une pratique qui me permette de voir l’animal dans son ensemble et de parler avec les propriétaires du contexte de la vie du cheval.
En 2016 j’ai commencé une formation en ostéopathie vétérinaire. Mes patrons m’ont permis de partir en formation, sans pour autant être là pour m’encourager. Mais entre le boulot, les gardes, la formation, le rythme était trop intense. On a modifié mon rythme de travail. Mais malgré cela je n’ai pas réussi à trouver ma place.
Deuxième burn out.
Depuis un peu plus d’un an, je suis à mon compte et je pratique exclusivement l’ostéopathie vétérinaire sur toutes les espèces.
Et que t’apporte l’internat pour ta pratique actuelle ?
Aujourd’hui ma pratique de l’ostéopathie est couplée avec mon expérience de vétérinaire. L’internat m’a permis de voir énormément de cas et cela m’aide pour aborder l’animal en tant que vétérinaire équin expérimenté avant de l’aborder en tant qu’ostéopathe.
Cela m’apporte une expertise que les ostéopathes animaliers (non vétérinaires) n’ont pas.
Le meilleur souvenir de ton internat ?
Le meilleur souvenir, c’est certainement cet esprit d’équipe qui nous a permis de négocier pour aller tous ensemble à Paris pour manifester contre le projet de loi pour le découplage prescription/délivrance. C’est aussi l’ambiance d’entraide entre les internes et la convivialité.
Le pire souvenir ?
Avec le recul, je me rends compte que la hiérarchie était compliquée à accepter pour moi. J’avais fait 8 ans d’études et malgré cela, si on me laissait poser un cathéter, j’étais contente…J’avais ce sentiment d’impuissance lorsque j’avais envie de faire des choses mais il fallait en référer au prof qui gérait à sa manière (pas forcément la même que celle du collègue présent le lendemain) alors qu’il était 4 heures du matin et que j’avais dormi seulement une heure.
Avec mon manque de confiance en moi, j’ai gardé cette tendance à avoir besoin de l’aval de quelqu’un pour me lancer.
Une fois sortie de l’internat, je savais que je ne voulais pas revenir pour postuler plus tard en résidanat, parce que je voulais échapper à ce système infantilisant et aliénant. Je me suis rendu compte que cela allait détruire mon équilibre personnel, qui avait déjà résisté à l’internat.
Ce que tu as aimé et les points à améliorer dans le système de l’internat?
Ce que j’ai aimé, c’est la gestion des étudiants, la pédagogie. C’est ce qui m’avait fait choisir un internat public.
Ce qui pourrait être amélioré, c’est de diminuer ce système pyramidal et donner plus de responsabilités aux internes. Ils pourraient se rendre compte qu’ils sont capables de faire beaucoup de choses et mieux se préparer à la vie active, où il n’y a pas cette hiérarchie.
Et si c’était à refaire ?
Je le referais. Enfin, c’est ce que je te réponds maintenant parce que je suis en paix avec ma vie. Il y a 2 ans, en burn out, je ne t’aurais pas répondu cela.
L’internat m’a fait grandir. Comme la prépa, ça a été très dur mais ça m’a apporté des choses positives.
Quels conseils donnerais-tu à de futurs internes?
Je leur dirais de se respecter soi-même et de ne pas tout accepter. Les choses sont en train de changer. C’est une année difficile et on apprend plein de choses, mais il faut apprendre à se respecter pour que les gens te respectent et ne pas entrer dans un cercle vicieux. C’est une machine qui ne correspond pas à tout le monde, il faut être solide avant
de commencer un internat.
Merci pour ton témoignage et bonne continuation !
Dr Mo.