Les astuces du quotidien d’une véto rurale

Date de publication : 23.01.2023

J’ai 33 ans, je suis une femme et je fais de la rurale.

Et nous sommes nombreuses ! D’après l’atlas démographique de la profession vétérinaire 2021*, dans la tranche d’âge 20-40 ans, les vétérinaires qui déclarent une activité rurale sont un peu plus de 2500, dont près de 60% sont des femmes.

“Vous avez bien du mérite, c’est un métier physique ! Les vêlages, les césariennes, ça ne doit pas être facile pour une femme !” Cette phrase, chères consœurs, vous l’avez sûrement entendue aussi fréquemment que moi. Prononcée avec une intention bienveillante, souvent par des femmes, on y répond au début, puis elle commence à agacer un peu… Je suis une vétérinaire rurale et je fais le même travail que mes collègues masculins. Je ne mérite pas plus de compassion et mes capacités sont les mêmes.

Aujourd’hui j’ai envie de vous présenter les trucs et astuces qui facilitent mon quotidien. Vous me voyez déjà vous expliquer comment je pallie ce prétendu manque de force physique et comment je monte sur une palette car je suis trop petite pour détordre la matrice ?
Non non, ce sont bien les trucs et astuces de mon quotidien de femme vétérinaire que je veux partager avec vous, et les hommes peuvent aussi s’en inspirer.

Ma voiture, ma deuxième maison

Une voiture de rurale, c’est le reflet de sa conductrice. Odeur de vache ou de
désinfectant, playlist de rock ou France Inter, GPS ou non, caisses en plastique IKEA ou meuble Zimmermann, l’important est de s’y sentir bien.

Dans ma voiture, il y a un kit de survie complet :

  • Une tenue de rechange complète (chaussettes comprises !), parce que personne n’aime le liquide amniotique chaud qui coule dans le cou, sous la casaque, lorsque que l’on détord la matrice…
  • de quoi nourrir l’intégralité des étudiants vétérinaires des 4 ENV (je dis bien 4 😉 !) : surtout du sucré, après une matrice au champ sous la pluie, ou avant un vêlage de nuit, ça donne de l’énergie !
  • De l’eau, beaucoup d’eau !
  • Toujours du papier. Ça sert toujours. Non, je ne vous raconterai pas l’anecdote de mon ancien patron, d’une envie pressante, et …d’un ordonnancier, faute de papier (l’histoire ne dit pas si l’ordonnance était vierge…).
    Une phrase à retenir : on sait quand on part, on ne sait pas quand on revient ! Mieux vaut tout avoir à portée de main pour passer une bonne journée.

    Ma voiture, ma clinique ambulante

    Chaque véto a son propre système de rangement qui ne paraît logique qu’à celle qui l’a mis en place. Chaque chose à sa place, une place pour chaque chose….sauf quand on charge un peu trop la voiture dans l’optique d’un week-end de garde bien occupé…et sauf en fin de journée quand les choses ne sont plus vraiment à leur place…!

Du matériel qui fonctionne, ça facilite la vie. J’ai longtemps eu un meuble de cuisine en bois pour mettre les médicaments et je peux vous assurer que l’effort nécessaire pour ouvrir le tiroir de perfusions m’a déjà valu une sciatique! Les trous au fond des poches des blouses qui te font chercher les tubes de prophylaxie dans la paille, ce n’est pas non plus du plus réjouissant. Et le drencher qui fuit au point de réhydrater davantage l’éleveur que le rumen de la vache, n’en parlons pas.

Moralité : du matériel fonctionnel et en bon état, ça aide.

Mon credo : tout en double. Rien de plus compliqué que d’ausculter une vache sans stéthoscope ou de prendre la température sans thermomètre (ne parlons pas de fouiller sans gant de fouille…). 2 tampons, 2 stéthos, 2 thermomètres, 2 boîtes de chirurgie et malheureusement seulement 2 bottes. Malheureusement, parce que la première fois qu’un
stagiaire est monté avec moi, il a naturellement pris la place de mes bottes en tant que passager. Et vous imaginez déjà ce qui est arrivé ? Mes bottes sont restées bien sagement sur le parking de la clinique en attendant que je fasse un vêlage en chaussures de randonnée. Devant l’étonnement de l’éleveur (qui est un peu bougon), il a fallu lui expliquer que ce n’était pas grâce à mes bottes que j’allais réussir à sortir ce veau…

Les pieds au chaud, le ventre plein, la voiture au sec

Pour se sentir au mieux pour travailler, il faut toujours partir le ventre plein. N’importe quelle intervention peut attendre les deux minutes nécessaires pour avaler une tartine.
Avoir bien chaud, c’est indispensable pour intervenir sereinement. Un petit collant (pas très sexy) sous le pantalon, une polaire fine (ou un Damart comme dirait ma grand-mère…) et surtout les chaussons de bottes les plus douillets pour nos petits petons!

“On se gare au sec et en position de départ” : c’était sûrement le plus pragmatique des conseils de mes anciens maîtres de stage.

Véto rurale, un petit côté MacGyver

On ne va pas se le cacher, la liberté est sûrement une des facettes les plus attrayantes de notre métier. Mais cette liberté a un prix : on est souvent toute seule pour résoudre nos problèmes, pas d’ASV, pas toujours une collègue disponible pour venir donner un coup de main.
Bricoleuse ou débrouillarde, on l’appelle comme on veut. C’est ainsi qu’un tuyau PVC devient une attelle pour un membre antérieur de veau, qu’une tige en acier nous aide à fabriquer une attelle de Thomas, qu’un élastique et un écrou nous permettent de stériliser une vache.

Bien connaître ses éleveurs

Quand on travaille depuis quelque temps au même endroit, le tutoiement est de rigueur. Mais le plus important c’est ce qui ne se dit pas : mes éleveurs et mes éleveuses, je les connais : celui qui est ponctuel et qui l’attend de son vétérinaire, celle qui aime que je lui explique en détails ce que je fais, celui qui est toujours débordé. Je sais quelle mamie fait les meilleurs gâteaux : si j’y passe juste après la traite, j’en aurai une grosse part, avec un café brûlant dans un verre Duralex.
Être véto rurale, c’est aussi être une oreille attentive pour ses éleveurs. Un échange technique, bien sûr, mais surtout un échange humain.

J’espère que ces astuces pourront vous être utiles. N’hésitez pas à nous faire part des vôtres!

NB : Cet article est rédigé au féminin. Ce sera désormais le cas de la moitié de mes articles (ou même un peu plus, si on respecte le ratio femmes/hommes dans la profession). Merci à une de nos lectrices pour sa remarque pertinente.
*https://www.veterinaire.fr/

Dr Mo.