Les vétérinaires sont hypersensibles ?

Qu’est-ce que ça faisait longtemps que je voulais rédiger ce texte !! J’ai eu toute la semaine des idées foisonnantes pour celui-ci. Mon petit cerveau tourne pas mal quand je conduis ! J’ai senti la frustration de ne pas pouvoir écrire tout de suite mes idées. Et en même temps, l’excitation à l’idée
de les rédiger bientôt.
Alors voilà : je suis HYPERSENSIBLE.
Enfin, il me semble !
Et j’ai une croyance : une bonne partie des vétérinaires le sont aussi.
Allez, viens, je t’explique pourquoi !
Mais d’abord, je te raconte ce que veut dire ce mot pour moi.
J’ai fait un test. 35 propositions. Pour chacune, tu dis si ça te correspond ou non. Si tu réponds oui à plus de 19 réponses, tu es fortement susceptible de l’être. J’ai eu 32 oui.
Mais voilà. Le test n’est pas diagnostique. Et de toute façon, je n’aime pas tellement cette idée.
L’hypersensibilité n’est pas une maladie.
Pour en être sûr (si l’on peut l’être !), il faut demander à faire un test en passant par un médecin. Je n’en sais pas plus et en même temps, ça ne m’intéresse pas tant que ça.
Et si le test me dit que je ne le suis pas, ça changera quoi pour moi ? Rien.
Et puis, y a une certaine angoisse à l’idée d’être définitivement cataloguée. Parce que souvent, l’hypersensibilité est associée à un “haut potentiel intellectuel” (HPI quoi). Et c’est souvent là que ça bloque. A mes yeux, cette notion est beaucoup trop prétentieuse. Et je suis loin de croire que je suis
plus intelligente que les autres. Souvent, l’hypersensibilité, tant qu’on n’apprend pas à la gérer, elle est dure à accepter. On a tendance à se sentir en décalage avec les autres. Et souvent, je me suis dit, non pas que j’étais “au-dessus”, mais en dessous de la moyenne.
Mais alors, hypersensible, c’est quoi, exactement ?
En gros, c’est comme si tu avais quelque part en toi un bouton volume pour les émotions et les
sensations. Et que chez les hypersensibles, il est souvent poussé sur max.
Apparemment, 1 personne sur 5 le serait. Ce n’est pas rien !
Imagine que l’écran au cinéma est fort lumineux, un peu trop à ton goût. Peut-être que ça va irriter 2 minutes un·e « normopensant·e » (mets ici des guillemets XXL, hein !) et qu’iel va vite passer à autre chose. De mon côté, ça peut me gâcher un film.
Il y a dans la pièce un pendule ou une horloge qui fait “tic-tac” ? My god, si je le remarque, c’est fichu !
Je dois prendre dans les mains du coton (celui qu’on utilise pour les vaccins) ? La sensation et le crissement sous mes doigts va me donner des frissons de dégout assez intenses (pratique, quand tu es véto…).
Cependant, ça marche aussi dans l’autre sens.
Mets-moi sous le nez une odeur que j’aime et je monte au 7e ciel (l’odeur du chlore OMG).
Une mésange passe récupérer des graines dans la cabane à oiseau sur ma terrasse et je suis au summum de l’émerveillement.
Quand ça me plait ou à l’inverse quand je n’aime pas, je fais ainsi rarement dans la demi-mesure.
Certain·es diront que oui, elleux aussi sont irrité·es ou émerveillé·es par certaines de ces choses. Ça ne fait pas d’eux des hypersensibles. Je suis d’accord. Alors, continuons !
Si l’on passe au mode de fonctionnement de mon petit cerveau, j’ai découvert récemment que je ne
pensais pas forcément “comme tout le monde”.
Une pensée. Une idée.
Que nenni !
Une pensée, trois autres derrière. Et pour chaque, trois idées bien distinctes. Je te présente la pensée en arborescence ! Parfois c’est comme ça, dans ma tête. D’autres fois, il m’arrive de penser à trois choses totalement différentes en même temps. Comme si je regardais trois télévisions en simultané :
une avec le volume sonore assez fort, une intermédiaire et une en sourdine. Je pensais que c’était pareil pour tout le monde. On m’a dit que non !
Ah.
Ainsi, me concentrer et ne pas faire de hors-sujet dans une conversation, ne dire qu’une seule idée et pas toutes celles qui me viennent, c’est souvent compliqué. J’y travaille. Me concentrer sur une conversation quand d’autres parlent à côté relève parfois pour moi de l’exploit.
Si l’on me demande de faire un choix, mon cerveau va toujours carburer pour trouver la meilleure des meilleures options. Même pour des trucs tout bêtes ! “Tu veux de la baguette ou une tranche de pain ?”
Alors… je préfère la baguette mais la tranche de pain ça sera quand même plus pratique pour faire un sandwich et en même temps y a moins de tranches que de baguette et il faut qu’il y en ait pour tout le monde donc… je sais pas ! Raaaah !
Bienvenue dans ma tête ! Souvent, je réponds donc “comme tu veux” pour éviter de choisir. Mon ancienne coloc avait fini par m’appeler “l’éternelle indécise”. C’pas faux !
C’est épuisant !
Niveau émotions, c’est un peu le même principe. Je suis vite super excitée ou ai un gros fou rire pour pas grand-chose. Je tombe aussi très vite dans les abysses niveau moral.
Je peux vite pleurer par surplus d’émotions, positives comme négatives. Qui c’est la seule qui a pleuré en parlant au micro à la cérémonie du mariage de mon frère ? C’est bibi ! Parfois, le surplus de sensations et/ou d’émotions m’emmène vite dans les extrêmes.
Alors, j’ai remarqué qu’il y a un peu deux modes de fonctionnement des hypersensibles.
Il y a des personnes qui ont fini par s’épuiser en ne sachant pas comment gérer ça. Des personnes qui ont érigé des barrières bien solides au point de ne plus rien montrer. Jusqu’à paraitre froides auprès des autres alors qu’elles essayaient juste de rentrer dans la normalité et de se protéger.
Ça, c’était mon mode de fonctionnement numéro 1.
Il y a celleux qui à l’inverse laissent couler. Les larmes, la joie, la peur, les sensations. Tout. Et qui paraissent parfois un peu fou “trop”.
Ça, c’est mon mode de fonctionnement numéro 2. Celui que j’apprends maintenant à gérer au mieux et qui me permet d’être moi-même.
Voilà, pour moi, hypersensible, ça veut dire tout ça.
Est-ce que tu t’es retrouvé·e dans ce que je te raconte ? Si tu es vétérinaire ou ASV, j’ai envie de parier que oui. Ça expliquerait bien des choses. Ça expliquerait notre passion pour le monde animal.
Notre amour, même.
Bien sûr, tout le monde ne l’est pas. Cependant, s’occuper et soigner les animaux demande une certaine sensibilité. Comprendre l’être humain pour mieux soigner l’animal. Ou soigner les animaux parce que les humains, c’est trop compliqué.
C’est peut-être aussi pour ça que beaucoup de vétérinaires arrêtent de pratiquer : gérer les euthanasies, les conflits, les gardes… quand on est hypersensible, ça peut vite devenir délicat.
Certains se referment sur elleux-même et perdent leur empathie, sans pour autant arrêter de travailler. Jusqu’au craquage ? Sans doute. Ça expliquerait le nombre de burnouts et de suicides plus élevés dans nos professions ? Le débordement face aux malheurs du monde que l’on croise en
consultation ?
Pour d’autres, à l’inverse, la passion se renforce avec le temps.
En plus de ça, sur les réseaux sociaux fleurissent les groupes pour vétérinaires et ASV. Et quand j’y jette un œil (plus qu’un œil quand je me mets à scroller des heures durant, mais bon passons…), je vois bien que dans la profession se cachent des nombreux·ses artistes. Avec sans doute un bon paquet d’hypersensibles dans le lot. Celleux-là s’assument et se montrent d’ailleurs de plus de plus.
Et je trouve ça génial.
Après tout, la médecine vétérinaire est un art, elle aussi. Ne faut-il donc pas avoir une sensibilité accrue pour l’exercer ? Je me le demande…
Ainsi, l’hypersensibilité peut devenir une barrière ou un super pouvoir. Ça dépend de ce que l’on décide d’en faire… Je préfère la deuxième option. Et toi ?
La bise,
Meuh.
PS : Peut-être que je vois des hypersensibles partout et là où j’ai envie de les voir. Peut-être que non.
J’sais pas !
PPS : lâche tes avis en commentaire !