Faire des radios, vous trouvez ça facile, vous ?

Date de publication : 20.02.2023

Je suis sûre que la réponse est non ! Tu es d’accord ?

Voilà une des grandes différences entre le fait de soigner un humain et un animal. Pour le coup, s’occuper d’un animal, c’est beaucoup plus galère !

Je me rappelle une radio que j’ai faite pour mon genou, adolescente. La manipulatrice radio m’avait installée dans la bonne position, avec l’articulation dans un angle précis avant de me faire tenir un panneau coupant une partie des rayons. Elle est ensuite allée se cacher dans une autre salle pour prendre le cliché. Pas d’exposition aux rayons pour elle, ou si peu.

Le travail des vétérinaires et ASV, dans ce cas-là, il est tout à fait différent.
Toi-même tu sais !

Déjà, faire une radio en bonne et due forme signifie se mettre en tenue. Le chien ne va pas se tenir tout seul, on va finir presque sous le faisceau, alors vaut mieux se protéger des rayons comme on peut ! Qui n’a jamais ressemblé à un astronaute pour faire une radio ? Thomas Pesquet n’a qu’à bien se tenir ! Si tu rêves de faire comme lui un jour, fait vétérinaire ou ASV et ton rêve se réalisera à chaque cliché… Oui bon on est d’accord, faut croire que la tenue va quand même bien au gars qui est sur la photo illustrative… Non, ce n’est pas mon petit copain (snif).

Allez, je suis sûre que toi aussi, tu l’aimes, cette tenue ! Le tablier plus lourd que les blagues de ton oncle pendant le repas de Noël et qui te rend aussi souple qu’un Playmobil. Les gants qui te transforment en pingouin, pour mieux galérer à tenir kiki le chihuahua qui vomit. Le protège-thyroïde
qui ne tient plus et qui tombe sur l’animal pile au mauvais moment. Et enfin, pour tout·es les binoclard·es comme moi, le must du must, les lunettes de protection par-dessus celles de vue et hop, on devient quasi aveugle ! Bah oui, la dernière fois qu’elles ont été nettoyées celles-ci, c’est par la bave du mastiff de 60 kg de la dernière fois… Alors on opte pour la seconde option : tourner la tête au moment du cliché et prier pour qu’il soit bien cadré, celui-là !

Si tu fais partie de celleux qui ont lâché l’affaire et qui croient que leur peau est en plomb, tu as laissé tombé le tablier et tu es un·e warrior qui n’a pas peur. Respect. Moi, j’étais bien trop flippée pour ne pas me protéger. J’ai retenu une chose de la formation PCR, ce sont les photos de brûlures dégueux que l’on nous avait montré (j’avoue, le reste j’ai rien suivi… oupsi).

Ah… les radios. Ça ne me manque pas !

Ces moments où tu te dis que tu vas essayer de faire la belle radio de hanches dysplasiques sur un chien vigile, pour voir. C’est vrai, il a l’air tout sage, ce toutou. Il n’a pas bougé pendant l’examen clinique, ça va le faire. Et puis, ni une ni deux, un·e véto à la tête, un·e ASV aux fesses, le chien se
retrouve un peu trop tiraillé à son goût et se transforme en asticot que l’on vient de crocheter à un hameçon… Ou pire, il finit par tomber de la table (génial pour un suspect dysplasique) … Ça va se terminer avec une sédation, cette affaire ! Et voilà qu’un acte d’apparence simple finit par mettre
tout le monde en retard…

Pourtant, tout semblait si facile, à l’école ! Dans mon groupe, on avait mis les tenues pour la première fois et, super fières, on s’était prises en selfie avec moultes grimaces. On s’était exercées sur des peluches, d’abord. On avait toutes eu 10 sur 10 à la fin de la semaine.

Deux ans plus tard, je me retrouvais seule en garde avec le chat parachutiste mi-cassé mi-agressif, voulant faire un bilan radio complet… ah la galère mes ami.es ! Ou mieux, tenter une nuit un cliché de cochon d’inde anorexique, avec un appareil radio qui donne une image en aspect de verre poli dès qu’on est en dessous des dix centimètres d’épaisseur. Enfin, le best du best, le chiot labrador qui a avalé je ne sais quel jouet resté bloqué dans son tube digestif et qui vomit sur le tablier. Ah, mama !

N’oublions pas non plus le dosimètre qui tombe de ta poche ou que t’oublie dans ton casier au moins une fois par semaine…

Ah là là, quelle galère !

Vous allez me dire, parfois, ça se passe bien. Parfois même, dans certaines cliniques, on endort l’animal de façon systématique avant de réaliser une radio. La bestiole est calée avec plusieurs coussins et on place un joli « D » ou « G » en métal pour signaler le côté radiographié, puis on va tranquillement se cacher derrière la vitre plombée pour appuyer sur la pédale. Magnifique, presque comme en humaine !

Ce que je détestais le plus, c’est l’interprétation des radios thoracique, à la recherche d’une anomalie au niveau des poumons. C’était à mes yeux le plus dur !

Un jour, pourtant, je me suis émerveillée devant un cliché de poumons avec des tumeurs en lâché de ballons. Une magnifique radiographie mais un sort funeste pour la chienne et ses tumeurs mammaires et pulmonaires. Ou comment trouver à la fois quelque chose de magnifique et tristement horrible.

Allez, pour ne pas finir sur une note sombre, je finis en vous racontant mon anecdote préférée, un peu en dessous de la ceinture, il faut le dire. Dès que je faisais des radiographies un vendredi soir avec une de mes collègues ASV, à chaque fois, sans exception, je lui disais après la prise de cliché « c’est bon, tu peux te déshabiller ! ». La réponse fusait de suite de son côté « voyons, Emeline, pas au travail ! Le weekend arrive bientôt, t’inquiète ». Cette phrase était systématiquement suivie d’un rire partagé en retirant nos tabliers. Une petite plaisanterie qui égayait notre fin de journée et qui continuera de me faire sourire encore longtemps !

Et vous, c’est quoi vos meilleurs et pires souvenirs dans la salle de radio ? A vos yeux, c’est facile ou pas facile ?

La bise aux rayons X,

Meuh.