Est-ce que les gens sont réellement plus pénibles depuis le covid ?

Date de publication : 23.02.2023

Voilà une idée reçue que j’ai beaucoup entendue depuis que j’ai débuté dans le monde du travail.

Faut dire que je peux difficilement avoir un avis là-dessus. J’ai commencé à travailler avec le masque et le virus. Je n’ai jamais connu rien d’autre. C’est bizarre, hein ?
Il y a quelques semaines, pour la première fois, j’ai retiré ce bout de protection bleue qui couvrait la moitié de mon visage. Je me sentais protégée, derrière. Je pouvais y cacher mes émotions, notamment et surtout lors des euthanasies. Cela m’apportait de la sécurité. Une barrière face à la
douleur des gens. Est-ce que ça vous faisait ça, aussi ?
Mais bon, maintenant, je vois le sourire des gens et je n’ai plus de buée sur mes lunettes donc c’est carrément mieux !

Enfin breeef, je sens que je m’écarte du sujet ! Revenons-y.

Les gens. Par-là, je sous-entends « les clients ».
« Les gens sont de plus en plus impatients, les gens ne savent plus attendre, les gens veulent tout, tout de suite. Tout leur est dû ».
« Les gens se mettent en colère pour un rien, les gens sont de plus en plus procéduriers, les gens sont insupportables ».
« Encore plus depuis le covid ».
Bon.
Ce n’est pas folichon, tout ça.

Est-ce que c’est vrai ?

Je me dis que c’est possible. Depuis deux ans, les clients, vous et moi, ont vu une peur sournoise s’immiscer dans nos esprits : la peur de mourir.
Vous vous imaginez ? Du jour au lendemain, sortir dans la rue est devenu une épreuve.

Et si je croise quelqu’un qui éternue, est-ce que je vais attraper le covid ? Et si je touche les poignées de porte, est-ce que je vais tomber malade ? Est-ce que je vais finir à l’hôpital ? Est-ce que je vais avoir des séquelles ? Est-ce que je vais contaminer mes proches ?

Tout est devenu une épreuve. La crainte de tuer sa grand-mère en ayant juste partagé le repas du dimanche midi avec elle, c’était quelque chose de nouveau. Pour toutes et tous.
Oui, cette peur est plus ou moins présente. Pour certains, elle est carrément paralysante. Pour d’autres, elle sera juste là, tapie dans un petit coin de leur tête. Certains d’entre vous diront qu’ils ne ressentent pas cette peur. Tu ne l’as pas ressentie un seul instant ? Même au début ? Tant mieux
pour toi. Je pense que tu n’es pas la majorité.

Alors oui, avec cette peur, « les gens » sont plus stressé·es, les gens sont plus déprimé·es. Les sondages le disent.
Et je ne sais pas vous, mais moi, si jamais j’ai peur de sortir dans la rue ou d’aller chez le médecin, il faut que ça aille vite. Plus vite le moment stressant est passé, mieux c’est.

Et si une contrariété vient me titiller à ce moment-là, il ne vaut mieux pas être dans les parages ! Je peux vite me vénère sévère !
Donc oui, peut-être, les clients sont devenus plus pénibles depuis la pandémie, par l’augmentation du stress ambiant.

Je crois que tous les métiers de service et de vente sont touchés.
Je crois aussi que les propriétaires venant soigner leurs animaux malades chez le vétérinaires sont encore plus sujets au stress. Une consultation reste, pour beaucoup, un moment particulièrement riche en émotions. Et donc, peut-être que les clients véto sont encore plus durs que les autres et que
c’est encore pire maintenant.

Et alors, c’était mieux avant ?

Le risque en disant ça, c’est de finir par généraliser.
« TOUT·ES les client·es sont de plus en plus insupportables ».
Vous sentez la tension en lisant cette ligne ? Est-ce que ça donne envie d’aller travailler en sachant ça ? Non, clairement pas. Pas pour moi. Il y a de quoi être dégouté·e de son métier.

Surtout que cette affirmation est totalement fausse, à mes yeux. Certains propriétaires sont peut-être plus difficiles à gérer. D’autres étaient de toute façon déjà imbuvables avant.
Et j’ai tendance à croire, tout de même, que la majorité des clients restent sympas.

Si je vais même un peu plus loin, je suis sûre que le covid a rendu de nombreuses personnes plus indulgentes et plus à l’écoute qu’avant.

Et si, les clients se disaient à l’inverse que nous, vétérinaires, nous sommes moins patients depuis le covid ? Que de porter un masque H24, de se laver les mains toutes les deux secondes au gel hydroalcolique, ça nous avait rendu plus irritables ? Ça serait un beau retour de bâton, je trouve ! Et
ce n’est peut-être pas faux non plus. Je me rappelle ce jour où, en pleine explications lors d’une consultation, avec la chaleur du masque, la buée sur les lunettes et les mains à la peau de croco, je m’étais énervée alors que le client était sympa.

La boucle est bouclée.

Alors, je me dis que les gens ne sont pas plus pénibles qu’avant. Le monde change, les clients et les vétérinaires aussi.
Généraliser, ça fait du mal à tout le monde, finalement.
Plutôt que de comparer le présent avec le passé de façon négative, j’ai une invitation à te faire : voir, ô grand combien, tout le monde a réussi à s’adapter.
L’humain a une capacité d’adaptation assez folle, ça m’en donne le vertige.
Alors, covid ou pas covid, ça ira.
La bise (qui cogite un peu trop),
Meuh.

PS : par contre, on est d’accord que les clients sont tous carrément plus énervants depuis l’apparition
de Dr Google ?! Ahah, non, je rigole (ou pas ?…)

PPS : j’aime lancer des débats croustillants, lâchez-vous en commentaires ! Je reste anonyme (pour l’instant ?) mais je me fais un grand plaisir de vous lire ! Si jamais certain·es ont des demandes particulières, demandez en MP à la team Recrut-vet, elle me transmettra ! A très vite !

PPS : pour celles et ceux qui ont joué, il y avait… 18 fois le mot « épillet » dans le précédent texte !