Les enfants des client·es et moi…

J’aime pas les gosses !
Mince alors, et je crie ça haut et fort alors que je vous rédigeais récemment un texte sur les vétérinaires enceintes ! Pire encore, j’ai appris à Noël que j’allais être tata… Et j’en suis plus que contente ! Soyons donc plus honnêtes. Je n’aime pas les gosses… des client·es !
Surtout quand ça pigne, ça crie, ça pleure et ça se roule par terre ! Oui oui, ces clichés ne sont pas des mythes, ça m’est déjà bel et bien arrivé !
Soit une maman arrivant un mercredi (c’est-à-dire le jour de la semaine de malheur pour moi : je me coltine les enfants des client·es en journée et je suis de garde le soir !), avec ses trois enfants : disons, dans l’ordre, un petit bout de 2,5 ans en poussette, une petite crapahuteuse de 5 ans et grand
crapahuteur de 7 ans.
La cliente vient pour soigner l’abcès énorme à la joue de son chat de 10 mois (il promet, lui aussi).
Elle n’a visiblement pas pu faire garder ses enfants pour emmener Tigrou chez le véto. Elle a peut-être même pensé que ça ferait une bonne activité découverte pour eux ? Tant mieux pour eux, dommage pour moi !
J’accueille toute la famille dans ma salle de consultation. Tout le monde rentre. Et là commence le sketch. Quand les enfants sont tenables, polis, sages, ça passe. Quand ils posent des questions, ça passe aussi. Quand ils sont croisés avec des loups-garous en pleine phase de pleine lune, ça passe
franchement moins !
La mère essaie de m’expliquer l’historique de Tigrou quand le plus petit se met à pleurnicher. Ça va, soit. Elle le prend dans les bras et le berce en même temps.
Le plus grand se met à faire l’inventaire de la salle. « Et ça, c’est un stotoscope, maman, hein ? », « et ça, c’est le thermomètre pour mettre dans les fesses de Tigrou, hein ? ». En l’absence de réponse de sa môman, celui-ci insiste « hein, HEIN maman ?! ». Et vas-y qu’il me prend du coton direct dans le pot pour jouer avec ! La salle se transforme en début de film de la Reine des neiges. La mère ne dit rien. Je demande poliment au garçon de remettre le coton à sa place. Pas de réponse. Je sens ma tension monter mais SOIT.
Essayant de garder au moins la demoiselle du milieu sage, je lui donne un stylo et une feuille pour qu’elle me dessine son chat. Celle-ci commence sur le papier puis… continue sur mon bureau !
Et la mère ne dit rien ! RIEN ! Pire, elle les ignore pendant qu’elle continue, imperturbable, son discours sur Tigrou.
Je plains sévèrement Tigrou et comprends qu’il ait préféré aller se battre avec le chat du voisin ! Je le regarde avec un petit soupir à travers la porte de sa cage. C’est bien lui, le plus sage. Cependant, soyons sérieux deux minutes, un examen clinique ne risque pas de se faire correctement dans ces conditions !
Alors me vient l’idée du siècle : prendre le chat, l’amener en salle de prépa et faire son examen clinique derrière, pendant que la famille sort se défouler dehors (sinon on dit adieu à mon bureau et à mon coton) ! Le plan est approuvé par la mère, je m’en vais donc derrière avec la cage.
Celui-ci s’avère être le chat le plus sage du monde. Tu m’étonnes, avec ces trois enfants, vaut mieux rester zen pour survivre ! Je renomme sur le champ Tigrou par son nouveau surnom : « Petit Bouddha ». L’abcès est plus que confirmé. Un aller-retour pour aller voir la cliente me permet d’aller
l’endormir (le chat, pas la cliente !) immédiatement pour aller nettoyer tout ça.
Je m’occupe du parage de plaie en savourant le silence et le calme, quand tout à coup, que vois-je ?!?
Toute la clique qui m’observe par la fenêtre de derrière ! Fenêtre normalement non accessible aux client·es ! Non mais allô quoi !?! Je terminerai donc le parage de plaie sous surveillance… jusqu’à ce
qu’une des ASV les fasse revenir dans ma salle.
Bref, autant les enfants et adolescents qui posent des questions, qui câlinent leurs chiens, qui disent rêver faire véto, ça passe. Autant la foire à laquelle j’ai eu droit ce jour-là, prions pour que plus jamais elle ne se reproduise !
Finalement, ce ne sont peut-être pas les enfants que je n’aime pas, mais la façon dont les parents les gèrent. A moins que je plaigne la mère de s’occuper seule de ces trois furies ?
Je ne sais plus trop !
Et vous, les enfants en consultations, comment vous les gérez ?
Allez, la bise,
Meuh.
PS : maintenant que j’ai changé de métier et que je fais des prélèvements alimentaires dans la grande distribution, sachez que je n’aime toujours pas le mercredi. Je peux vous dire que des enfants qui font des caprices pour un chewing gum ou autre, ça existe plus qu’on ne le croit !