Le goéland qui fuyait

Date de publication : 07.07.2023

C’est l’histoire d’un jeune goéland récupéré blessé et errant sur une plage par des touristes. Ces touristes l’ont amené dans notre clinique.
Et paf, il est mort, diront-ils !

Pourtant, ça n’est pas comme ça que ça s’est passé ! La triste histoire (mais drôle, aussi) de ce goéland est un petit peu plus longue que cela.
Bah quoi, les vétérinaires ne peuvent pas être cyniques ? Allons bon ! A d’autres !
Un été, étant en station balnéaire, nous recevions pas mal de goélands en consultation. Des goélands percutés par des voitures, malheureusement bons qu’à euthanasier…

Cependant, ce goéland-là était en plutôt bon état général et les touristes étaient prêts à tout pour le sauver. Il en aurait bien fait un animal de compagnie, mais bien sûr, c’était impossible…
N’empêche qu’ils étaient motivés et le refuge de faune sauvage était lui, surbooké.

Alors mon collègue a voulu tenter de le soigner. On a endormi au gaz la bête féroce (oui, ça se défend, ces bêtes-là) avant de faire un examen clinique plus approfondi. L’oiseau présentait, visiblement, qu’une belle plaie suintante sous l’aile droite avec une belle myiase. Les asticots se baladaient tout joyeusement entre les plumes, un régal… La manipulation des membres et des radios ont permis de vérifier l’absence de fracture. Le jeune goéland avait eu de la chance.

D’ailleurs, appelons-le Roger. Pourquoi ? Parce que je l’ai décidé ainsi, voyons !
Le parage de plaie fut long mais se passa comme sur des roulettes. Le réveil aussi. Tout le monde fut content et Roger fut installé dans une cage pour la nuit avec, à disposition, des morceaux de poissons baignant dans une grande gamelle d’eau. L’odeur imprégna le chenil entier mais une fois bien debout sur ses pattes, Roger s’en donna à cœur joie et dévora une bonne partie de son assiette.

Nous vaquâmes donc toutes et tous à nos consultations pour le reste de la journée. Nous aviserions le lendemain du futur de la bête.
Le matin suivant, je commençai, comme à mon habitude, par un tour rapide du chenil afin de vérifier que tout le monde allait bien. Roger, comme les autres animaux hospitalisés ce jour-là,
était bel et bien vivant. Tout allait pour le mieux. Je partis alors faire mes consultations.

C’est en revenant au chenil en milieu de matinée que je me suis rendu compte que quelque chose clochait. Le goéland, sans s’arrêter, récupérait de l’eau de la gamelle avec son bec et levait la tête pour faire descendre l’eau dans son œsophage. Il semblait assoiffé !

En me rapprochant de la cage, je remarquai le problème. L’eau, à chaque levée de bec, ressortait par son cou et s’écoulait entre ses plumes !
A la fois amusée et inquiète devant ce phénomène improbable, j’appelai d’abord une ASV occupée non loin de là, pour le lui montrer mon observation.

Moitié hilare moitié interloquée, elle découvrit la fuite à son tour : « mais ton goéland, il fuit ! » s’écria-t-elle. C’est à ce moment- là que Roger s’inclina d’une façon à se mettre un peu plus dans la lumière, laissant entre-apercevoir un reflet métallique dans son plumage. « Là ! Il y a un truc ! » enchaîna-t-elle.

Nous allâmes donc tenir au courant notre collègue responsable du cas pour savoir ce qu’il comptait faire. Il ne tarda pas, entre deux consultations, à endormir le volatil pour le débarrasser du probable hameçon. Le pauvre avait dû se faire avoir par l’appât d’un pêcheur. Pourtant, impossible de
retrouver le petit bout de métal. A en faire douter le collègue de sa présence. C’est pendant que le collègue s’occupait des sutures une fois la plaie trouvée, que l’ASV trouva l’hameçon tombé sous le caillebotis de la cage.
Le fameux !
Qui aurait cru que celui-ci se serait échappé de la plaie dans la demie heure entre sa découverte et la chirurgie ? L’agressivité de l’oiseau n’avait malheureusement pas permis une vérification de la plaie avant de l’endormir…

Bref, tout aurait pu finir par une belle fin, si Roger avait daigné se réveiller de sa deuxième chirurgie.
Ce qu’il ne fit malheureusement pas… Paf Roger. RIP petit Roger…
Et voilà, un cas insolite sur un patient tout autant insolite.

Et toi, c’était quoi, ton cas le plus étrange ?

La bise qui sent la marée,
Meuh.