Passage de la théorie à la pratique

Ah ! Quel bonheur ce fût d’arriver en école vétérinaire avec ses 6 heures de cours par jour ! Pour la majorité des nouveaux arrivants, qui venaient de classes prépa, ce changement de rythme fut un soulagement. Fini les journées de 12 heures de travail à ne s’arrêter que pour manger et dormir… Fini les khôles interminables où l’on maitrise plus ou moins bien son sujet… Et surtout, fini la pression de ce terrible concours à deux essais seulement pour réaliser son rêve. L’arrivée à l’école vétérinaire marque un véritable tournant dans la vie de l’étudiant.
Pourtant, ce n’était pas le seul changement de rythme auquel un étudiant vétérinaire doit faire face. Après trois (voire quatre pour ceux qui passent par le concours postbac) années de théorie au sein de l’école, il faut passer à la pratique. Un changement sur tous les plans que nous allons ici explorer…
D’abord, c’est un changement d’activité ! Le corps du jeune étudiant vétérinaire s’est habitué pendant au moins trois ans à rester assis sur une chaise entre 6 et 9 heures par jour et voilà qu’on lui demande de rester debout presque autant de temps au plus grand désespoir de ses pieds. Si je peux vous prodiguer un conseil c’est d’investir dans de bonnes chaussures bien confortables ou au minimum de bonnes semelles ! Et quand il sort vers 19h de la clinique, il doit encore faire à manger, le ménage et s’occuper des éventuels animaux qu’il aurait adopté dans les premières années.
Ensuite, c’est un changement de vie sociale. Fini les heures terré dans le fond de sa chambre avec ses cours pour seule compagnie… Arrivé à l’enseignement clinique il faut composer avec les cliniciens, les assistants, les internes et surtout les propriétaires ! Il faut apprendre à composer avec les humeurs de chacun malgré la fatigue et le stress… La difficulté n’est pas au même endroit pour tous : pour certains ce seront les clients difficiles qui compliqueront la tache en étant peu coopératifs. Pour d’autres ce sera un excès d’empathie qui causera le trouble face à des propriétaires dépassés par l’émotion qui vous partageront leur peine et leur douleur. Pour les plus introvertis, cela pourra être le simple fait d’être en contact perpétuel avec du monde qui mettra à mal votre patience. Pour les plus sociaux qui voyaient beaucoup de monde en dehors des cours c’est cet aspect qui va changer… Il devient plus compliqué de sortir le soir quand on rentre à peine 2h avant le début de la soirée avec du boulot pour le lendemain ou encore d’y aller alors qu’on a une garde de nuit pile sur cet horaire. Gérer sa vie sociale devient un petit défi pour réussir à voir ses amis entre les horaires de clinique souvent incertains.
Enfin, c’est un changement de démarche intellectuelle. Après avoir passé des années à apprendre, mille et une choses sur la santé des animaux, il est temps de mettre tout ça en pratique face à de vrais animaux. Le meilleur moment pour réaliser à quel point les cours de physiologie et d’anatomie sont utiles pour mieux retenir les pathologies et les comprendre.
A première vue, ce tableau peut paraître décourageant et pourtant… C’est le moment qu’on attend tous ! Ou du moins tous ceux qui veulent faire de la clinique. Après tant d’années la tête dans les livres, on peut enfin faire ce que l’on attendait tous : aider les animaux. Les soigner, contribuer à leur bien-être. C’est le moment de faire des examens cliniques, de formuler des hypothèses diagnostiques et de proposer des traitements. Une opportunité exceptionnelle d’agir avec une responsabilité relative puisque des cliniciens confirmés repassent derrière pour corriger les éventuelles erreurs. Bien qu’on ne soit jamais totalement compétent en sortant de l’école (il y aura toujours quelques chirurgies plus complexes ou des cas plus rares), ces deux années de clinique sont l’occasion de progresser énormément en termes de compétences diagnostiques et techniques. C’est durant cette période que l’élève vétérinaire entraîne ses doigts à palper (que cela soit en transabdominal ou en transrectal) et ses oreilles. Il affine ses perceptions pour devenir chaque jour un peu plus compétent.
En conclusion, passer de la théorie à la pratique marque un grand tournant dans la vie de l’élève vétérinaire : d’une vie tranquille le nez dans les livres, il passe à une vie mouvementée à virevolter entre les consultations en devant gérer le stress de l’animal et celui des propriétaires tout en réfléchissant à toute vitesse pour effectuer des hypothèses et savoir comment le gérer… Ce changement est pourtant tout ce qu’il a attendu puisque ça le rapproche un peu plus de ce métier tant désiré.
Dr Flo