Reconversion : devenir vétérinaire

À l’ère de la crise du réchauffement climatique, du grand questionnement de nourrir 7 milliards d’habitants futurs sur la planète, de la déforestation et de la disparition progressive des mondes polaires, nombreux sont ceux qui souhaitent changer de carrière pour y donner plus sens.
Devenir vétérinaire me trottait en tête depuis déjà quelques années. C’est à l’aube de mes 26 ans que j’ai décidé d’enfin franchir le cap. Voici mon histoire :
De nature utopique et souhaitant faire un métier qui me permettait d’aider les autres, et après m’être cherchée dans des domaines différents à l’université, j’ai été diplômée infirmière d’État en 2013. Puis, je me suis rapidement engagée au sein du Service de Santé des Armées. La rigueur
militaire, les nombreuses opportunités de carrières, en plus de pouvoir partir en Opérations Extérieures et être au plus près des populations, sont des critères qui correspondaient au milieu dans lequel je souhaitais évoluer.
Après plusieurs années d’exercice, certains événements de la vie m’ont ouvert les yeux et m’ont fait comprendre que je m’étais « oubliée ». Je ne me suis plus reconnue dans certaines de mes valeurs professionnelles d’infirmière au quotidien. Mais surtout, je souhaitais à nouveau apprendre en théorie et en pratique, tout en voulant donner plus de sens à mon travail pour la planète. La vie m’a indiqué qu’il était temps pour moi de prendre un chemin différent.
Plus sûre dans mes réflexions d’évolution de carrière et plus à l’aise pour sortir de ma « zone de confort », c’est en 2017 que j’ai enfin décidé de franchir le pas : reprendre mes études pour devenir vétérinaire. Mais pourquoi vétérinaire ? Pour continuer de pouvoir « prendre soin », tout
en ayant la possibilité d’exercer dans plusieurs domaines et la richesse de pratiquer plusieurs spécialités me faisais tant rêver.
Je me reconnais totalement dans le nouveau logo de l’Ordre : « Pour la vie, pour la planète ». Au début des années 2000 est né le concept « One Health », et c’est exactement dans cet optique que j’ai souhaité échanger de blouse. La possibilité de traiter sur le même plan la santé animale et humaine, dans l’idée de n’en faire plus qu’une, m’attirait tellement.
En me lançant dans cette aventure, ce projet me paraissais absurde, compte-tenu de mon parcours : Baccalauréat en Sciences Economiques et sociales (et option langues, s’il vous plait). Loin du bac scientifique donc. Réussir un concours de chimie n’était pas le plus à ma portée. Après de
nombreuses recherches, je n’ai trouvé aucun témoignage de personnes aussi « folles » à se lancer dans le projet. Bien renseignée sur les démarches via le site du SCAV, j’ai passé le concours voie B une première fois. Échec. Remise en question : dois-je continuer ? Dois-je risquer de « perdre » encore une année ? Beaucoup de conditions rentraient en jeu : aspect financier, aspect social (famille, conjoint, entourage…). Ma petite voix intérieure me disait « tu n’as qu’une vie, n’aies pas de regret ».
J’ai ainsi tenté ma dernière et ultime chance. Toutefois, ayant besoin de renflouer les caisses afin de vivre, de payer des cours et de prendre un peu le large de tout ça, j’ai eu une magnifique opportunité de partir en mission avec les Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF) sur l’île Tromelin durant 3 mois. Pas d’internet, un satellite comme moyen de communication, mais avec une détermination sans faille, je suis partie avec une valise remplie de livres de chimie. Sur place, j’ai pu travailler avec l’agent de conservation dans le suivi des oiseaux marins et des tortues vertes.
Expérience incroyable qui n’a fait que de renforcer mon désir de réussite. Cette bouffée d’oxygène m’a boosté et à ma grande surprise : ce fut la réussite. Incroyable. Irréel. #Pincez-moijerêve.
Une fois à l’école, je suis passée par un petit « syndrome de l’imposteur » (nb : sentiment de ne pas mériter d’être à sa place). Durant toute ma scolarité, j’étais la plus jeune avec un an d’avance. À l’école vétérinaire, je suis devenue doyenne de ma promo, avec presque 10 ans d’écart avec
certains. J’avais des lacunes dans certaines matières et l’impression d’avoir pris la place d’un(e) jeune étudiant(e).
Mais j’apprends enfin ce que j’aime ! Ma pression actuelle est de ne surtout pas perdre d’année supplémentaire : travailler, apprendre, pour être professionnelle et compétente sur le terrain. Et aussi, passer outre le fait de se sentir en « décalage sociétal ». Aujourd’hui, je suis en quatrième
année et j’ai adopté l’adage « chacun son chemin, à son rythme ». Continuant de travailler en parallèle en tant qu’infirmière pour financer mes études, grâce à l’enseignement vétérinaire, j’ai repris confiance dans ma pratique infirmière. J’adore me dire que je peux à présent travailler
auprès des humains, des animaux, tout en ayant un intérêt pour l’environnement au sein de ma pratique quotidienne.
Pourquoi vous raconter cette histoire ? Parce c’est aussi l’histoire de beaucoup d’entre vous. J’ai aujourd’hui l’occasion d’échanger avec de nombreuses personnes qui souhaitent se reconvertir pour faire l’un des plus beaux métiers du monde. Ces personnes ont toutes des expériences et
passés incroyables, que ce soit dans le domaine médical ou dans des domaines tout à fait différents. Pour la plupart, ce choix de carrière a vite été anéanti dès le lycée, par des professeurs qui ont vite écrasé leur choix de carrière. Cette raison revient très souvent. Ou bien par leur famille
qui estimait que devenir vétérinaire n’était « pas assez bien ». Quel dommage. Ainsi, je les encourage à réussir et tout tenter : « on a qu’une vie » !
Parmi les personnes que je côtoie et qui souhaitent se reconvertir, beaucoup viennent du corps médical. Certains d’entre eux ont connu l’épuisement mental, voire le burn-out. Cependant, force est de constater que cet incroyable métier de vétérinaire, affiche un taux de mal-être, de burn-out, voire de suicide important.
Pour conclure, on peut se demander : Qu’en est-il des vétérinaires qui se reconvertissent vers d’autres métiers ? Sont-ils aidés ?
Caroline