19 h moins 5

Bouh !
Halloween approchant, j’ai bien envie de vous parler de choses qui font peur… MOUHAHAHAHAAA !
Connaissez-vous l’heure qui fait le plus peur aux vétérinaires et ASV ? Je suis sûre que oui !
Non, il ne s’agit pas de minuit… D’ailleurs, qui n’a jamais tenté d’appeler sept fois la dame blanche en
regardant dans son miroir, à minuit pile, afin de voir si elle allait apparaitre, tout sourire, juste derrière son épaule ?
Ça, c’était l’heure qui me faisait carrément flipper petite. Merci à mon frère qui m’avait un jour
raconté cette histoire alors que ma chambre d’enfant ne comptait pas moins de 3 miroirs… comment
dormir après ça, vous pouvez me le dire ? (placez ici un émoji qui a peur)
Les années passant, cette angoisse du miroir a disparu mais l’idée me fait toujours sourire.
Cependant, un horaire est bien venu me hanter pendant mes jours de pratique vétérinaire. L’heure de la mort qui tue.
19 h moins 5.
Vous savez, cette heure critique ?
Quand il reste cinq petites minutes avant la fermeture.
Allez, je vous raconte l’une des miennes.
Un jour, 18h55.
Pour une fois, j’ai fini mes consultations à l’heure, nettoyé ma table et mon bazar, fini de rédiger mes comptes-rendus et appelé tous les clients que j’avais besoin d’appeler. Je n’ose pas penser une seule seconde que je fais finir à l’heure, mais quand même, j’y crois presque. Serai-je dans ma voiture à 19h01 ?
Je suis un peu superstitieuse alors je n’ose pas retirer ma blouse. Je me risque quand même à éteindre l’ordinateur de ma salle de consultation et je me dirige à l’accueil. Les ASV sont dans le même état que moi, ravie et suspicieuse, mais personne n’ose parler du sujet tabou. 5 minutes. Il ne reste plus que 5 minutes.
Le téléphone va-t-il rester silencieux ?
Tindin…. Tindin… Tindin… musique de suspens
Trois minutes se passent ainsi. On discute de choses et d’autres avec les collègues et nous profitons de ce petit répit bien mérité. Nous commençons à nous détendre. On ne pense plus au téléphone et il n’y a plus personne sur le parking.
Je ne suis pas de garde ce soir, je réfléchis à ce que je vais me faire à manger le soir même. Faut dire
que je me rends compte que je meure de faim.
Driiiiing, driiiiiiiiiing, driiIIIIIIIIINGGGG
…
Noooooooooon.
Le téléphone sonne mais, optimiste que je suis, je me dis qu’il ne s’agit peut-être que d’un appel
pour une prise de rendez-vous.
L’ASV décroche et met le haut-parleur en voyant que j’essaie moi-aussi de coller mon oreille contre le combiné.
« Oui, bonsoir, désolée de vous appeler si tard mais mes trois chiens se sont attaqués à un ragondin dans les marais et euh, en fait, le ragondin a gagné. Mes chiens sont pas mal amochés, je peux venir ? »
La dame explique qu’il y a de nombreuses plaies, que ça saigne pas mal, que l’un des chiens se plaint.
Ma collègue me regarde d’un air désolée, je lui dis ok et elle dit à la propriétaire de venir au plus vite.
Ce soir, ça sera une soirée sutures !
Le ragondin a visiblement bien dégommé les trois compères qui sont en effet bien amochés. Il n’y a pas de gros dégâts, certes, mais les plaies sont nombreuses, plus ou moins profondes et la peau est coupée bien nette un peu partout : une babine et les oreilles de l’un, les flancs de l’autre et les pattes et la tête sur le dernier. Il n’y est pas allé de main morte, le ragondin !
Pour couronner le tout, les chiens sont en plus couverts de vase.
Magnifaïque ma chérie, on a rebaptisé en deux secondes la clinique entière !
Ah là là, 19h moins 5, vraiment, mon horaire favori !
Ce soir-là, je rentrerai trois bonnes heures plus tard, l’estomac criant famine, avec un supplément vase sur les chaussures et le visage et trois chiens se réveillant tranquillement dans le chenil.
Et demain, on recommence !
Rares sont les jours où j’ai fini à l’heure pendant mon année de pratique. J’ai pourtant appris petit à petit qu’en fait, si, dans certaines cliniques, ça arrive !
Bien sûr, comme partout, on n’est jamais à l’abri de voir arriver une urgence. Qui dit métier de santé, dit horaires difficilement fixes.
Tout de même, les solutions existent ! Les jours où l’on finit en retard peuvent devenir l’exception et non la généralité. Tout repose sur des choix d’organisation dans la clinique. Des choix que je n’osais ni ne pouvais réellement faire quand je pratiquais.
Tout d’abord, le choix d’accepter ou refuser les urgences. Je sais que ces chiens auraient pu être envoyés vers la clinique de garde, ce soir-là. Cependant, le patron de ma clinique souhaitait que toute urgence arrivant avant la fermeture de la clinique soit assurée par nous-même et je n’avais pas véritablement mon mot à dire. J’aurais pu me rebeller, insister, oui.
Mais bon, j’avais tout simplement trop peur du conflit. Alors ce soir-là, j’ai accepté les trois toutous sans broncher. Je préférais ça au regard réprobateur du patron.
Bref… Je sais que dans certaines cliniques, les urgences sont renvoyées vers les cliniques de garde quand la consultation s’avérera trop longue pour être gérée avant la fermeture. Et alors, adieu l’angoisse des dernières 5-10 minutes de la journée ! Bien sûr, cette organisation demande un accord
de toutes les cliniques concernées et ne fonctionne pas pour celles qui gèrent elle-même toutes leurs urgences…
Avec mes collègues, pendant les premiers temps, c’était donc à chaque fois la guerre pour savoir qui allait récupérer l’urgence du soir et finir à pas d’heure. Alors, on a fini par mettre au point notre petit système afin de ne plus avoir à décider sur le coup (le pierre-feuille-ciseaux, ça va bien un temps !).
On a fait un planning. Le lundi mardi, ça serait un tel qui prendrait les urgences de dernières minutes, le jeudi vendredi ça sera une telle et mercredi samedi, ça sera moi. Et voilà comment apaiser les
tensions en deux deux ! Ça ne nous empêchait pas de râler quand ça arrivait, ni de nous entraider au besoin et d’inverser des soirs entre nous. Cependant, ça nous permettait de finir à l’heure plus régulièrement et de façon plus programmable. Je pouvais ainsi caser des rendez-vous médicaux ou me prévoir une sortie ou même juste être sûre d’être tranquille sur ces soirées-là (hinhin hinhin) !
Qu’en pensez-vous ? Pour ma part, ça m’avait littéralement changé la vie !
Allez, finir à l’heure, c’est possible !
La bise qui fait peur mais pas trop quand même,
Meuh.
PS : oui, ce n’est pas parce que je parle de finir à l’heure que je suis une grosse flemmarde qui ne veut pas bosser ! « Ah les jeunes, de nos jours, ils ne veulent plus faire d’heures »… Je vous en reparle plus tard… dans un prochain texte croustillant !
PPS : c’est quoi l’horaire que vous détestez le plus ? J’avoue que les urgences de 3 heures du matin ne sont pas mal non plus !
PPPS : j’espère que tu as les références musicales ! Tchô !