Comment travailler en Angleterre depuis le Brexit ?

Bonjour bonjour !
Tu as aimé l’interview sur les vétérinaires enceintes ? Tu souhaites partir travailler en Angleterre vivre ton rêve à la british (et non américain) ? Tu ne sais pas comment t’y prendre ? Aujourd’hui, j’ai repris mon poste de journaliste en herbe et j’ai posé toutes mes questions à Sophie, une de mes très chères amies ! Elle travaille actuellement en banlieue Londonienne… mais je ne vous en dis pas plus, elle vous en parlera bien mieux que moi ! Si jamais d’autres questions vous viennent à l’esprit, n’hésitez-pas à les poster en commentaire !
Bonne lecture, Meuh.
Quelles ont été tes motivations pour partir travailler en Angleterre ?
Un anglais ! Je voulais rejoindre mon partenaire qui est originaire de là-bas. Si je ne l’avais pas connu, cela n’aurait pas été dans mes projets d’aller travailler à l’étranger.
On pensait qu’en étant vétérinaire, je pourrais facilement trouver du travail, ce qui était vrai, et que s’inscrire au Royal College of Vetenary Surgeons (RCVS, l’équivalent de l’Ordre des Vétérinaires en
France) le serait aussi, ce qui s’est avéré plus compliqué…
Quel est ton poste actuel ?
Je suis Veterinary surgeon, l’équivalent de vétérinaire praticienne, dans un petit cabinet de canine situé dans la banlieue sud-ouest de Londres, en médecine générale. J’ai participé à un programme de formation pour jeunes diplômés. Etant particulièrement épaulée les trois premiers mois, cela m’a
permis de faire une transition en douceur après avoir fait un an de mixte en France.
Quels obstacles as-tu rencontrés avant d’y arriver ? Comment y as-tu remédié ? Le brexit y a-t-il changé quelque chose ?
Trouver du travail a été l’étape la plus facile. Comme de nombreux pays, l’Angleterre manque de vétérinaires. Je n’ai réalisé qu’après avoir trouvé un poste que je ne pouvais pas m’inscrire au RCVS directement. Depuis le Brexit, pour pouvoir s’inscrire au RCVS « librement », l’école vétérinaire dans laquelle le diplôme a été obtenu doit être agréée par l’AEEEV (Association des Etablissements Européens d’Enseignement Vétérinaire) au moment d’obtention du diplôme (la date de soutenance de thèse faisant foi dans mon cas). Si ce n’est pas le cas, il faut alors passer une équivalence anglaise pour faire reconnaître son diplôme en Angleterre.
J’ai donc déposé mon dossier et une fois acceptée en tant que candidate pour la session 2021 (une seule session par an), je me suis remise aux révisions. Les questions portent sur tous les sujets, de la canine à la rurale, en passant par l’équine et la santé publique, mais aussi sur le code de déontologie.
Une fois l’écrit passé et validé (à distance, merci COVID), j’ai passé les épreuves pratiques à Glasgow, sur tous les domaines une fois de plus. Pour pouvoir s’inscrire, il faut aussi avoir un niveau minimum d’anglais, validé par des examens spécifiques (IELTS, plus général, ou OET, plus axé médecine). J’ai opté pour l’IELTS.
Passer du français à l’anglais, est-ce que ça a été dérangeant pour toi ?
Pour le travail, cela n’a pas été si compliqué que ce à quoi je m’attendais. Les termes de médecine se ressemblent beaucoup ! Et si je ne comprends pas une expression locale ou autre, mes collègues sont toujours là pour me l’expliquer. Pour la vie de tous les jours, cela s’est fait assez naturellement. Une fois dans le pays, on apprend très vite.
Quelles sont les différences que tu rencontres entre une pratique vétérinaire en France et en Angleterre (avantages / inconvénients et autre) ?
D’après mon expérience, la principale différence est la présence d’infirmièr·es vétérinaires. Leur formation est plus complexe que celle de nos ASV et cela leur permet de nous aider à un autre niveau.
En étant jeune diplômé·e, le salaire est aussi un point positif ! La demande en vétérinaires est très haute en ce moment et l’argent suit pour nous motiver à rester dans une clinique.
Les grands groupes sont beaucoup plus répandus qu’en France. Je travaille pour l’un d’entre eux et cela me convient très bien pour le moment.
Même si la médecine est la même, je sens une différence dans sa pratique. Mon ressenti est que les anglais sont très attachés à leur compagnons. J’ai remarqué que les attentes des propriétaires et la quantité d’examens complémentaires sont plus élevés dans mon nouveau travail. Peut-être cela
s’explique-t-il simplement par le fait que le profil de la clientèle n’est pas la même, mais je pense que la grande présence d’animaux assurés y est pour quelque chose. Quand le chien ou le chat est couvert financièrement, le propriétaire se pose moins de questions. Le revers de la médaille est que les
propriétaires sont connus pour aussi être plus procéduriers et il faut donc être rigoureux dans nos comptes-rendus !
Dirais-tu que tu es satisfaite de ton travail en Angleterre ?
Je le suis ! Il répond bien à mes attentes pour le moment. Je voulais approfondir mes connaissances en canine et le programme pour jeunes diplômés était une bonne opportunité. D’un autre côté, le nombre d’animaux de compagnie a explosé en Angleterre et les vétérinaires se font rares. Je suis curieuse de voir comment cela va se répercuter sur les conditions de travail.
Mythe ou réalité : vous faites une pause thé avec des scones chaque après-midi dans la clinique ?
Haha ! En effet, on offre du thé en premier et ensuite du café, mais pas de pause dédiée malheureusement. Même si on est assez gourmandes dans le cabinet, je n’ai pas encore goûté aux scones !! Je me rattrape avec toutes sortes de gâteaux ou friandises qu’on ne trouve pas en France.
As-tu une anecdote drôle ou insolite à nous raconter, qui n’aurait probablement pas pu se passer en France ?
Je trouve cela toujours drôle quand un.e propriétaire essaie de deviner mes origines quand il entend mon accent. Certain.es ont essayé espagnole ou italienne, ce qui me fait bien rire sachant que je suis originaire du Pas-de-Calais !