Vétérinaire et enceinte

Date de publication : 23.02.2023

Coucou les vétos !

Aujourd’hui, un nouveau sujet et… ce n’est pas moi qui vais t’en parler ! Eh oui ! Pour la première fois, j’ai réalisé des interviews et je me suis glissée dans la peau d’une journaliste ! Tu m’en diras des nouvelles !

Pourquoi des interviews ? Pourquoi je ne te partage pas mon propre avis et ma propre expérience, ce coup-ci ? La réponse est simple ! Je te parle aujourd’hui de grossesse et je n’en ai jamais vécue ! Je ne sais même pas si j’ai envie d’avoir des enfants, un jour… on verra bien (je n’ai pas osé demander la réponse à Maitre Yoda ni au Professeur Xavier ou même à Dr Strange pour ce coup-là, ahah) et ce n’est pas le sujet !

Je me suis tout de même souvent demandée, avec angoisse : et si un jour je tombe enceinte alors que je suis vétérinaire praticienne, COMMENT JE FAIS ? Non parce que je ne sais pas toi, mais à mes yeux c’était direct une foultitude de questions auxquelles je ne trouvais pas de réponse. Et les
radios ? Et les produits chimiques ? Et l’annonce aux collègues ? Et le congé maternité ? ET ET ET ?

Tant de sujets d’angoisse que ça m’en donne le tournis !

Aujourd’hui, j’ai donc posé mes crayons et mon clavier pour lire et écouter quatre vétérinaires sur le sujet. Toutes sont mamans ou proches de l’être ! Manon est vétérinaire canin et salariée. Lisa est aussi vétérinaire canin, elle a eu le bonheur de donner naissance à deux beaux bébés et nous parle
donc de ses deux grossesses, la première en tant que salariée et en voie de rachat de part dans une autre clinique, la seconde en tant qu’associée. Eva et Sarah sont vétérinaires mixtes (canine + rurale).

Ne cherche pas si tu connais ces vétos, elles ont toutes un prénom d’emprunt, elles restent ainsi anonymes (comme Spiderman sous son masque ou moi sous mon pseudo) ! Tout ce que je peux te dire, c’est qu’elles sont méga-géniales de m’avoir répondues !!

Alors… Tu es enceinte ? Tu as des projets de bébé ? Tu es bientôt papa ? Ou tu es juste curieux·se comme moi ? Lis leurs réponses !

Quelles ont été tes peurs, tes angoisses par rapport à ton travail quand tu as su que tu étais enceinte ?

Eva : Je me suis posée des questions à propos des risques de coups et blessures ainsi que des risques zoonotiques (Fièvre Q, toxoplasmose).

Lisa – grossesse 1 : Je n’ai appris cette première grossesse que tardivement, ayant continué à avoir mes règles… donc j’ai angoissé d’avoir fait un tas de radios enceinte sans le savoir. L’échographie des 5 mois où l’on vérifie que tous les organes sont en place et normaux a été très rassurante, donc je me
suis relaxée à ce moment-là.

Lisa – grossesse 2 : Comment mon associée actuelle va le prendre ? L’annonce de ma première grossesse pendant la vente s’était mal passée…

Manon : L’annoncer à mes patrons me stressait, non pas que je m’inquiète qu’ils le prennent mal, mais plutôt pour la future gestion de mon arrêt, surtout dans un contexte où le recrutement est difficile. Je voulais atteindre la première échographie, mais j’ai dû précipiter mon annonce quand, à
la fin du 2ème mois, j’ai dû me mettre en arrêt de manière précipitée parce que j’étais complètement épuisée. Mon autre stress me concernait, à savoir, serais-je capable de dire stop quand ce serait nécessaire ? Nous avons une équipe plutôt soudée, je n’avais pas d’inquiétude quant à leur réaction à l’annonce et à leur soutien pendant ma grossesse, ce qui m’a beaucoup aidé et a limité mes angoisses.

Sarah : J’ai eu peur de ne pas réussir à assurer le boulot, de perdre le bébé (j’avais fait une fausse couche quelques mois avant) et de surcharger mes collègues si je ne trouvais pas de remplaçant·e.

Comment s’est passée l’annonce de ta grossesse à tes patrons ou tes collègues associé.es ? Aux ASV ?

Eva : L’annonce s’est plutôt bien passée avec les patrons, ils s’en doutaient que ça arriverait un jour. Elle s’est très bien passée avec les ASV.

Lisa – grossesse 1 : À la clinique où j’étais salariée cela s’est très bien passé, j’ai reçu beaucoup de soutien (« on va t’aider pour les radios, on va t’aider pour porter les gros chiens, etc. »). À la clinique que je devais racheter ça a été la douche froide (« mais tu veux quand même racheter ?? », « tu nous
l’as caché ») ça a failli annuler la vente.

Lisa – grossesse 2 : J’ai annoncé ma grossesse à mon associée bien avant les 3 mois, aux assistants également, pour justement arrêter les radiographies. Mon associée m’a mis la pression pour que je continue à faire les radios mais j’ai continué à refuser.

Manon : L’annonce s’est très bien passée, mes patrons étaient plutôt soulagés, vu l’état de fatigue dans lequel j’étais. Mes collègues étaient ravies pour moi, tout le monde était aux petits soins.

Sarah : Après 4 ans de PMA et à devoir à chaque fois prendre congé pour les procédures, tout le monde était au courant et attendait simplement une confirmation. Du coup, l’annonce s’est bien passée, juste une inquiétude légitime de mes collègues quant à la difficulté actuelle de recrutement.
Ma collègue était beaucoup plus stressée que moi par rapport à une autre fausse couche !

Comment as-tu géré le fait de ne pas pouvoir faire de radio ? De ne pas pouvoir être exposée aux gaz anesthésiant et à bien d’autres choses encore ?

Eva : Pour les radios et les anesthésies, ce n’était pas un problème pour moi car je suis vétérinaire exclusivement rurale. Par contre, j’ai arrêté de faire les prélèvements avortements dès le début, j’ai fait mes suivis repro avec un masque FFP2, j’ai arrêté les gardes à 4,5 mois de grossesse, je me suis
plus consacrée aux bilans et visites sanitaires à partir de 5 mois et j’ai été arrêtée à 7 mois.

Lisa : Quand l’équipe nous soutient, cela passe très très bien. Les assistants font les radios avec les propriétaires le cas échéant, ou bien on reporte la radio avec un autre vétérinaire si ce n’est pas urgent. Les anesthésies j’ai continué à en faire, même en gazeuse, avec le ballonnet bien gonflé, et
en aérant la pièce (en période estivale).

Manon : Nous sommes une grande équipe, j’ai toujours un collègue qui peut faire les radios pour moi, moyennant un peu de patience. Les ASV essaient de faire attention pour me limiter les consultations nécessitant des radiographies. Pour les vaccins toux de chenil intra-nasale, j’explique
aux clients que je ne peux pas les faire, je fais tout le reste et les transfère à un collègue qui n’a plus que l’intra-nasale à faire. Pour les gaz anesthésiants, je ne reste pas dans la pièce quand on anesthésie au masque ou dans les cages (pour les chats intouchables), je continue les chirurgies au
gaz si les animaux sont intubés. Je n’ai pratiquement plus porté d’animaux depuis mon annonce, j’ai toujours des collègues qui peuvent le faire pour moi.

Sarah : Je fais de la mixte à dominante rurale donc ça m’a peu impactée. Mes ASV faisaient les occasionnelles radios et en garde j’hospitalisais l’animal pour que les radios soient faites le lendemain. J’ai par contre été rapidement essoufflée donc la rurale était fatigante dès la 3e semaine
de grossesse. J’ai eu assez rapidement l’appréhension des coups de pieds alors que je n’en ai pas peur habituellement. On a quelques élevages avec une circulation active connue de fièvre Q donc j’ai essayé de faire le maximum de vêlage et délivrances avec un masque FFP2.

Le congé maternité, comment ça s’est passé pour toi ?

Eva : Très bien. Je ne me suis pas ennuyée car mon mari est agriculteur et nous habitons sur le site d’exploitation.

Lisa – grossesse 1 : Très bien, j’étais en forme.

Lisa – grossesse 2 : Il a été plus court, j’ai dû travailler jusqu’à 1 mois avant l’accouchement et j’ai beaucoup souffert de la chaleur (naissance un 30 septembre). J’avais trouvé une remplaçante qui n’était pas disponible avant fin aout, il fallait que je tienne, je ne pouvais pas m’arrêter avant. Ensuite
ça a été un soulagement. Étant associée et étant remplacée par une très bonne amie, je continuais à prendre des nouvelles de la clinique, voire à aider ma remplaçante sur certains point et j’ai apprécié de ne pas être complètement coupée. Nous avons également finalisé le projet d’un changement de radio la veille de l’accouchement.

Manon : Je n’y suis pas encore passée, mais je le retarde autant que possible, en adaptant mon emploi du temps pour tenir le plus longtemps possible. Au cours du 6ème mois, on a vu pour m’accorder 1h de pause en début d’après-midi pour que je puisse me reposer. Pour le 7ème mois,
j’ai réduit mon nombre de jours travaillés.

Sarah : J’ai été rapidement arrêtée. J’avais des contractions dès 9 semaines de grossesse, très douloureuses. Je me souviens d’une journée très difficile de garde où je me suis allongée en pleurs sur le sol de la salle de chirurgie, persuadée que j’allais perdre notre bébé. Deux de mes collègues étaient en arrêt à ce moment-là (COVID et accident) et on était donc 2 pour le boulot de 4 et demie, avec une garde sur deux. Ensuite tout s’est enchainé, j’ai trouvé un remplaçant autonome et disponible tout de suite donc dès que mes collègues ont repris le boulot, le médecin m’a arrêtée.
J’étais alors à plusieurs contractions par jour, surtout en voiture, et une tension qui ne dépassait pas 8/5 sans compter qu’avec les nausées, parfois je ne mangeais ni ne buvais pendant 48h (jusqu’à 5 mois de grossesse) ! Je suis maintenant arrêtée depuis 4 mois, l’arrivée du bébé est imminente, et je
n’ai pas vu le temps passer !! J’évite toujours au maximum la voiture donc je range la maison, je fais pas mal de formations en ligne, je réapprends à aimer mon métier qui me pesait depuis quelque temps, je cuisine et congèle plein de plats pour nous rendre la vie plus facile à l’arrivée du bébé, je
me repose bien évidemment et je vais marcher un peu tous les jours avec les chiens. Je suis hyper surveillée médicalement (grossesse « gériatrique » primipare, plus de thyroïde et diabète gestationnel). Entre les échos, prises de sang et rendez-vous médicaux je n’ai pas le temps de m’ennuyer !

Si c’était à refaire, qu’est-ce que tu changerais ?

Eva : Peut-être m’arrêter plus vite car le dernier mois avant mon congé, j’étais très fatiguée malgré l’aménagement de mon activité.

Lisa : Pour ma première grossesse, je ne rachèterai pas une clinique en parallèle. Le projet de vente était tombé à l’eau, on avait alors lancé le projet bébé, puis le projet de vente est revenu sur la table.
Je ne savais alors pas que j’étais déjà enceinte. On a failli annuler la vente, on l’a repoussée de 6 mois, mais ça n’a pas suffi à le faire dans les bonnes conditions.

Manon : Pas grand-chose, surtout pas mes collègues !

Sarah : Rien, je ne regrette pas de m’être arrêtée rapidement car je ne pense pas que j’aurais été capable de gérer le boulot à un moment où j’étais à la limite du burnout et avec le stress de cette grossesse. Je mesure la chance que j’aie eue de trouver un super remplaçant et d’avoir des collègues soutenant·es et bienveillant·es. Maintenant, peut-être que si j’avais eu un début de grossesse moins difficile, j’aurais pu travailler plus longtemps.

Que dirais-tu à une vétérinaire ou ASV enceinte ? Que lui conseillerais-tu ?

Eva : Se ménager le plus possible. Ne pas prendre de risque ni pour elle, ni pour le bébé.

Lisa : De ne pas changer du tout au tout son mode de travail, ce n’est pas le moment de se rajouter du stress en plus. De prendre des précautions « normales » vis à vis des radios, gaz anesthésiant, et euthanasiant et injections d’hormones. S’il y a des gardes, demander à les alléger si la forme
physique ne suit pas.

Manon : Il faut apprendre à s’écouter ! J’ai de la chance d’avoir des collègues et des patrons qui sont à l’écoute et qui font attention, ce n’est pas toujours le cas. Même dans ces cas-là, on a tendance à en faire trop, souvent par culpabilité envers ses collègues. Mais tu es la plus à même de savoir ce
dont tu as besoin. Il ne faut pas oublier que ce n’est pas seulement pour toi qu’il te faut prendre soin de toi, mais aussi pour ton bébé !

Sarah : notre métier est peu adapté à une grossesse (travail de nuit, risques biologiques et chimiques, efforts physiques intenses). Je n’ai jamais souhaité considérer une grossesse comme une pathologie néanmoins la réalité est là : notre corps fournit un effort intense dès le début de grossesse et donnera toujours la priorité à l’embryon en développement ! Que votre grossesse soit impromptue, désirée depuis longtemps, sans complications ou au contraire difficile, ça ne change rien : c’est votre priorité. Ecoutez votre corps qui est le seul à même de savoir où est la limite. Si vous pouvez bosser à fond jusqu’au bout, tant mieux pour vous et votre équipe ! Néanmoins, ne
culpabilisez pas si ce n’est pas le cas ! Les drames arrivent, quoi que l’on fasse et rester couchée ne les évite pas. Néanmoins il faut ensuite vivre avec la culpabilité et c’est ça qui est dur. Profitez de ce moment unique et des petits pieds qui tapent (même si c’est dans la vessie, dans l’estomac rempli ou dans les côtes) !

As-tu quelque chose à rajouter ?

Lisa : Le plus important à mon sens c’est d’être bien entourée et soutenue et dans ce cas-là, tout se passe bien, on trouve des solutions pour tout. Bien communiquer nos besoins, les gens autour essaient d’aider au maximum. Petit détail amusant : pour les chirurgies, à la fin, mon ventre me
gênait pour me rapprocher de la table, j’ai dû mettre les assistants sur le coup pour bien placer les animaux pour qu’ils soient le plus possible accessibles !

Sarah : Les choix ne se limitent pas à la grossesse, l’« après » est aussi à envisager. Pour ma part je ne me vois pas laisser mon bébé et reprendre au rythme soutenu habituel du jour au lendemain. J’ai décidé de reprendre à mi-temps (sous réserve de trouver une paire de bras supplémentaire, un de
mes collègues quittant l’équipe à ma reprise) jusqu’aux 6 mois de notre bébé, envisageant un allaitement maternel exclusif. D’autres femmes ne veulent pas être dépendantes de leur bébé et ont justement hâte de reprendre et sortir des biberons-couches. Il n’y a pas de bonne ou mauvaise
solution, il y a celle qui vous convient.

Et voilà, qu’est-ce que tu penses de ces réponses ?
Je me dis que ça peut donner des débuts de réponses à plus d’un·e, je pense aussi que de lire des trajets similaires aux siens permet de se sentir moins seul·e.
Qu’en dis-tu ?
Je pense qu’on ne pouvait pas mieux terminer cette première interview : « Il n’y a pas de bonne ou mauvaise solution, il y a celle qui vous convient ». Au final, on en revient toujours au même, non ?

Ecoute-toi toi, c’est toi qui a ta meilleure réponse.

Et je n’ai pas fini de te le répéter !
A bientôt pour de nouvelles interviews et blablatages !
Meuh.